À Quercy Contact (46), certain·es salarié·es en parcours arrivent avec une histoire qui déborde des formulaires. Parfois, ce débordement fait œuvre. Yannick, 44 ans, en est l’illustration. Son parcours d’insertion avance au rythme d’un esprit libertaire et d’un goût profond pour la création. Par chance, il a rencontré une équipe qui choisit de l’accompagner sans lui demander de laisser son supplément d’âme au vestiaire.

 

Un départ à contrecœur

Quand Yannick a poussé la porte de Quercy Contact au printemps 2023, ce n’est pas par vocation. Menacé de résiliation du RSA, il a décidé de tenter l’aventure d’un parcours d’insertion. Il a apporté son grand cœur mais aussi son rapport franc et direct au monde du travail. Non au travail en tant qu’activité en tant qu’emploi, qui corsette parfois l’existence.

Liliane, CIP, l’a d’abord accueilli, puis Virginie a pris le relais. L’équipe a rapidement compris que l’activité espaces verts ne lui conviendrait pas. Yannick est costumier-habilleur de formation, habile avec la matière et curieux des gestes techniques : il rejoindra donc l’atelier couture de Montcuq.

 

Créer avant de produire

À Montcuq, le calme du lieu, les collègues d’atelier et la patience d’Isabelle, cheffe d’équipe, créent un cadre qui lui permet de respecter horaires et consignes, tout en restant lui-même.

Yannick devient rapidement un collègue qui tisse du lien. Ses pair·es, certain·es avec des parcours migratoires difficiles, trouvent en lui une présence rassurante et joyeuse. Il soude le groupe tout en assemblant des pièces de tissus !

L’équipe découvre vite que Yannick ne cherche pas à produire mais à réaliser et qu’il aime apprendre de nouvelles choses et se documenter dessus. Cette nuance change complètement l’accompagnement qui suivra.

 

Attraper un projet par la créativité

Virginie, sa CIP, cherche un moyen d’aborder le projet professionnel. Yannick hésite, peu habitué faire des projets. Elle lui propose de réfléchir à une formation qui lui plairait, comme point de départ solide. Il choisit le travail du cuir. L’équipe se mobilise alors à ses côtés pour trouver une formation et obtenir un financement. Finalement, il part à Rodez, à l’AFPA, pour plusieurs mois en internat. C’est un changement de vie radical.

À l’AFPA, il découvre que le cuir véritable est rare à travailler car il coûte cher. Qu’importe, il utilise le simili cuir, le skaï, la toile de store, la bâche et le tissu d’ameublement et apprend la garniture mousse, l’encollage et le collage. Il se renseigne aussi beaucoup sur la tannerie, pour comprendre cette rareté du cuir et l’accepter. Il apprend vite et compose avec la résistance des matériaux. Le cadre strict de la formation est exigeant avec un rythme imposé et une vie collective permanente, mais il apprécie les nouvelles rencontres et le suivi de la formatrice. Il réussit une fois de plus à jouer le jeu sans se dénaturer, mais cela lui demande de l’énergie.

 

Un avenir déjà là mais à consolider

Lors de son premier stage, de retour dans l’atelier couture de Montcuq, l’équipe constate le chemin parcouru : elle parle désormais des “œuvres de Yannick” et non simplement de son travail. Il refait des housses de chaises de la boutique, des sièges de bureau de l’équipe, des selles de scooter, avec rembourrage et doublure textile, et a fabriqué une housse de voiture. Son geste a changé et son rapport à la matière aussi.  Son second stage se fera dans une entreprise de Rodez, en ameublement et automobile. Puis il passera ses épreuves finales de Bac Pro en février prochain, avec une fin de pass IAE prévue début mars.

Mais ce temps risque d’être trop court pour explorer sereinement les suites possibles. Yannick a été mis sur la piste de s’installer à son compte, mais il ne s’en sent pas capable. Il a besoin d’un temps supplémentaire d’accompagnement pour démystifier l’entrepreneuriat et creuser les pistes d’entrepreneuriat salarié et solidaire, notamment via les SCOP, les Coopératives d’Activités et d’Emploi (CAE) et les Entreprises à But d’Emploi (EBE), afin de préparer sa sortie vers une activité durable et désirable.

 

Une unicité de compétences qui se profile

Même si après un parcours intense, Yannick rêve d’abord de réussir son Bac Pro sellerie-garnissage et de prendre quelques vacances pour souffler un peu, il est déjà conscient que quelque chose de bon en ressort : une cohérence, une unité qui ré-embarque avec lui le premier métier appris, celui de costumier-habilleur, la belle expérience dans l’atelier de couture de Quercy Contact et sa formation en sellerie-garnissage… mais aussi ses qualités relationnelles, très appréciées. Yannick a donc l’art de se dépatouiller avec le réel qui résiste : les tissus épais de sellerie, les collègues de différents horizons, un rapport au travail dans lequel il se fond sans perdre forme.

L’œuvre n’est donc pas seulement celle de Yannick, elle est aussi celle de Virginie, Isabelle, la formatrice de l’AFPA et toute l’équipe de Quercy Contact qui accompagne non pour normaliser mais pour révéler et aider chacun·e à trouver sa juste place.

Une évidence se rappelle par là : l’inclusion durable se construit rarement en ligne droite, mais elle est plus solide lorsqu’elle accueille pleinement le supplément d’âme et s’en sert de catalyseur. Coorace Occitanie souhaite pleine réussite à Yannick dans sa formation et l’épanouissement qu’il mérite dans sa vie professionnelle.